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28 mars 2015

Retour sur le Salon du livre 2015 [1] : Pas d'auteurs, pas de livres



Première historique chez les auteurs
Le 22 octobre 2014, j'ai eu le plaisir de participer à une table ronde, à la Société des gens de lettres (SGDL), dans le cadre de deux journées de débats ayant pour thème générique « La rémunération des auteurs ». Lors de son discours de clôture, Vincent Monadé (président du Comité national du livre) a exhorté les auteurs à s'unir pour prendre leur situation en main et l'améliorer. Il est vrai que, d'une manière générale, nous n'avons pas l'habitude de nous fédérer.
Mais voilà, trop c'est trop. Et nous avons assisté à un événement historique, le 23 mars 2015. Pour la première fois, au Salon du livre de Paris, derrière le Conseil permanent des écrivains (CPE), dont la SGDL fait partie, les auteurs ont marché d'un même pas pour se faire entendre d'une même voix.
Dans le plus grand respect des visiteurs et des exposants, et en scandant des « pas d'auteurs, pas de livres », à qui voulait bien entendre, plusieurs centaines d'entre nous  avons sillonné les allées jusqu'à la Scène des auteurs, où nous avons pu nous exprimer, à travers le discours que Valentine Goby, présidente du CPE, a lu.

Les raisons de la colère
On manifeste rarement par plaisir. Quand on en est là, c'est qu'on y a été acculé. Alors qu'est-ce qui a  poussé des gens d'ordinaire timides et posés à sortir de leur réserve de manière aussi spectaculaire ?
Réponse : les conditions inacceptables dans lesquelles nous travaillons. Le (vilain) mot est lâché. L'écriture est un travail. Régi par un contrat du même nom, donc, mais qui s'appelle, parce que ça fait plus chic, contrat d'auteur. Que dit-il, ce contrat, qui nous mette à ce point en colère ?
1/ Que nous devons céder nos droits à vie et même au-delà : 70 ans après notre mort.
2/ Qu'en échange de ce dépouillement de nos droits d'auteur, nous percevons royalement, en  moyenne, 5 % par livre vendu (calculés sur le prix hors taxe), c'est-à-dire environ 1 €. 
3/ Que nous percevons ces droits d'auteur une fois par an.
4/ Qu'en attendant nous percevons des à-valoir, 3 000 € en moyenne, aujourd'hui. Donc pas de quoi tenir le coup bien longtemps. Là encore, en ce qui me concerne, je suis un peu mieux loti.
5/ Que la plupart d'entre nous, en corollaire, sommes obligés d'exercer un autre métier pour joindre les deux bouts. A-t-on déjà vu un comédien employé de banque, par exemple ? Eh bien, je connais des auteurs employés de banque ou manutentionnaires. Pratique de se consacrer à son art dans de telles conditions, n'est-ce pas ? Il n'existe pas de statut d'intermittent pour les auteurs.
6/ Que nous percevons les mêmes pourcentages sur les livres numériques (donc encore moins de 1 € par livre), dont les prix sont inférieurs à ceux des livres papier mais dont la fabrication coûte beaucoup, beaucoup moins cher.
7/ Que nous cédons nos droits d'adaptation audiovisuelle. Là, il peut se produire tout et n'importe quoi. Un éditeur m'a proposé 30 % (70 % pour lui), si mon livre était adapté. j'ai refusé, pour finalement accepter à 50-50.

Les auteurs, en danger grandissant, se font entendre au Salon du livre de Paris 2015.
Photo : © Laurence Houot/Culturebox/France Télévisions

S'ajoute à cela, la décision irréfléchie et irresponsable de Bruxelles de vouloir passer la TVA sur le livre numérique de 5,5 % à 20 %, tuant définitivement dans l'œuf ce support de lecture qui peine déjà suffisamment à susciter l'engouement qu'il mérite en France. Nous n'en serions probablement pas là si les éditeurs français les plus influents, ceux-là même qui crient au scandale à présent devant la décision de Bruxelles, avaient mieux défendu le numérique au lieu de le vouer superstitieusement aux Gémonies, et s'ils l'avaient réellement promu.
Pour clouer le cercueil, la réforme du Raap (le régime de retraite complémentaire des artistes auteurs) envisage de passer d'une cotisation de classe à une cotisation de 8 %  pour tout le monde, ce qui n'est simplement pas tenable… pour tout le monde.

Les lecteurs
Beaucoup de visiteurs du Salon ont été surpris, choqués, voire scandalisés par notre démarche, et aucun, sur l'instant, n'a repris le slogan avec nous. Beaucoup ont même condamné notre action. Dans l'esprit du grand public, un artiste, un créateur, un auteur n'est pas un travailleur. Il n'a pas besoin d'argent, son art seul le nourrit, et il devrait déjà s'estimer heureux d'être un artiste. Il reste donc encore beaucoup de pédagogie à faire, en la matière, et le temps du rapprochement avec l'autre maillon essentiel de la chaîne du livre – le lecteur – est peut-être venu.
Dans l'après-midi de ce 23 mars 2015 ainsi que dans les deux jours qui ont suivi, puis ensuite sur les réseaux sociaux dans lesquels j'ai posté, beaucoup de lecteurs m'ont demandé ce qui s'était passé et ont adhéré ou ont liké, après que je leur ai exposé la situation. Les lecteurs sont nos premier alliés si nous leur parlons.

Pour apporter votre soutien
Cette marche des auteurs a été précédée par la mise à disposition d'une lettre ouverte « à tous ceux qui oublient qu'il faut des auteurs pour faire des livres ». Plus de 1 800 auteurs l'ont déjà signée à l'heure où j'écris ces lignes. D'autres, que nous avons croisés sur notre parcours et qui étaient en signature sur les stands de leur maison d'édition, nous ont dit qu'il la signeraient au plus tôt.
Je vous invite à la signer à votre tour, tant que le lien est encore actif. Vous avez simplement à mentionner « auteur, je signe » à l'adresse suivante :

Les auteurs et les lecteurs sont les maillons essentiels de la chaîne du livre. Salon du livre de Paris 2015.

24 janvier 2015

In mémoriam : un professeur de la République

Mme Audoubert, professeur de français au collège Jean-Jaurès,
devenu collège  Danielle-Casanova, de Vitry-sur-Seine.


C'était mieux avant
Ça ne m'arrivera pas souvent. Peut-être plus jamais. Mais je vais jouer un peu au vieux con, sur l'air du "c'était mieux avant". J'assume. Quoi qu'il en soit, je me souviens du temps ou des profs d'établissements publics avaient leur mission chevillée au corps et où ça marchait mieux qu'aujourd'hui. Pour tout le monde.
Je me souviens, pour l'occasion, de l'une d'entre elle, que j'ai eu de la 6e à la 3e, que j'ai revue en plusieurs occasions, par la suite,  jusqu'à récemment, et qui vient de nous quitter.
Je retranscris ici le post Facebook que j'ai rédigé le jour où j'ai appris cette triste nouvelle. Et je ne peux m'empêcher de me demander ce que la République à fait de ses profs, de ces profs-là, espèce en voie de disparition, en retour de leurs bons et loyaux services.

Hommage
Bon, je sais bien que ça ne va pas intéresser mes amis FB ou connectés, puisqu'aucun d'entre eux ne la connaissait, hormis Anne Gomis, Nathalie Rault et Nathalie Fomperine, avec qui j'étais au collège. Mais nom de Dieu, j'ai les boules et une furieuse envie de verser toutes les larmes de mon corps. Magnifique enseignante de l'école de la République, aussi à l'aise en français, qu'en histoire-géo, qu'en latin, qu'en grec. Une intelligence rare, une modestie encore plus rare, avec ça. Et une humanité (sans mauvais jeu de mot, madame, rapport au journal que vous lisiez)…
Un des profs qui m'ont marqué à vie, qui m'ont fait adorer l'école, grâce à laquelle j'ai pu me sortir de ma condition de "fils d'ouvrier", comme on disait ; une des profs qui m'ont appris à réfléchir, qui m'ont donné envie de lire, d'écrire et de ne jamais prendre pour argent comptant ce qu'on me disait mais de toujours développer mon esprit critique pour tout, y compris pour ce qu'elle me disait. "Ne sois pas systématiquement d'accord avec moi, me répétait-elle, conteste, argumente, contredis, forge-toi ton opinion…"
Je peux dire que je l'ai écouté, ce conseil, comme tant d'autres que vous m'avez donné, à moi et à mes potes musulmans, juifs et catho, à l'époque pas si lointaine où on pouvait encore tous vivre ensemble et rire de tout ensemble, dans cette grande école de le République que vous avez grandement servie et enrichie par votre talent, votre intelligence et votre cœur.
Si je dis "putain, fait chier", vous m'engueulerez pas, cette fois ? Et voilà que je chiale sur mon clavier en pensant à vous…
Merci, madame, pour tout, du fond du cœur. J'essaierai d'être là, mercredi prochain. Je vous embrasse et espère vous avoir rendu une copie potable.
Votre éternel élève reconnaissant. 

17 janvier 2015

Rien n'interdit

Rien n'interdit, une chanson écrite suite aux attentats contre Charlie Hebdo.

Parce que je comprends les présences policières et militaires dans les rues de Paris, mais que j'en suis attristé, parce que je ne comprends pas que depuis que le monde est monde il soit en guerre pour des questions de religion, parce que les inégalités croissantes créent toujours plus de dérives idéologiques et religieuses, parce qu'il ne faut pas oublier le bel élan citoyen du 11 janvier 2015 et qu'une action doit à présent s'inscrire dans la durée, parce que je suis auteur et qu'aux armes je ne peux opposer que mes mots, et parce que mon ami est compositeur et qu'aux cris de haine il oppose ses notes, je vous présente cette chanson, Rien n'interdit, que nous avons écrite ensemble et dont je retranscris le texte.



RIEN N’INTERDIT

C’est interdit de vivre,
De rire ensemble.
C’est interdit de vivre.
C’est interdit de voir
Qu’on se ressemble.
Oh, ça empêche de voir,

Les yeux toujours fermés, les cœurs toujours de pierre,
Toutes ces prisons, toutes ces barrières,
Qui enterrent la lumière.

Interdit d’aimer
Les différences.
Ça interdit d’aimer,
Les yeux fermés, les cœurs de pierre,
Les idées et les croyances
Comme des barbelés sur une terre
En souffrance.

Rien n’interdit de vivre,
De rire ensemble.
Rien n’interdit de vivre.
Rien n’interdit de voir
Qu’on se ressemble.
Rien n’interdit l’espoir.

© Paroles : Laurent Bettoni/Musique : Éric Miller

10 janvier 2015

Extrémisme et communautarisme : les graines de la haine

Qu'est-ce qui pousse les hommes à se haïr ? L'extrémisme et le communautarisme, entre autres.
Le choc Charlie Hebdo
Comme beaucoup, je reste encore sous le choc de l'attentat qui s'est perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier, et de l'horreur qui s'en est suivie. Le parcours aura été sanglant de bout en bout, et il ne pouvait en être autrement.
Je suis né en 1968 et j'ai été biberonné à Hara-Kiri, à Charlie Hebdo, à Fluide glacial, à l'humour bête (mais pas tant) et méchant (mais pas tant) de Choron, Cavanna, Reiser, Wolinski, Cabu, Kamagurka et les autres.
Alors forcément, ce qui s'est passé me plonge dans une tristesse infinie, j'ai le sentiment que c'est ma jeunesse qu'on a fusillée, mon adolescence, un bout de mon histoire, une partie de moi-même.

La Marche républicaine
Participerai-je pour autant à la Marche républicaine du 11 janvier, en la mémoire des dessinateurs et des autres morts de cette tragédie ?
Je n'ai pas encore la réponse définitive à cette question, mais je penche pour le non. Mon fils de 16 ans, à qui j'ai fait découvrir cette bande-là, cet état d'esprit-là, ne comprend pas mes réserves, lui qui a déjà organisé sa marche avec ses potes du lycée.
Je ne doute pas que la plupart des citoyens qui marcheront demain le feront dans un élan spontané de compassion et de solidarité, dans le but de défendre la démocratie et la liberté d'expression. Pour cela, j'aimerais moi aussi céder à la spontanéité.

La récupération politique
Mais le battage et la récupération politique autour de cet événement me donnent la nausée. Je ne suis pas certain que ceux de Charlie auraient apprécié d'être utilisés de la sorte pour redorer le blason des partis politiques. Bien sûr, si j'y allais, ce serait dans l'esprit de marcher, non pas aux côtés de politiciens, mais de mes semblables, les citoyens, les hommes, les vrais gens de la vraie vie, dans un même mouvement du cœur, de partage, de communion.
J'ai bien dit « mes semblables les hommes », pas « mes semblables les Français » ni mes semblables « les catholiques », ni « mes semblables les musulmans », ni « mes semblables les juifs ». Bon, O.K., je suis athée pratiquant. Bref, je ne raisonne pas en fonction d'une appartenance quelconque, qu'elle soit nationale ou religieuse. Je ne suis rien d'autre qu'un homme, au sens d'être humain, un Terrien. J'habite sur une planète, la Terre, dans une région géographique politiquement délimitée qu'on appelle la France. J'ignore ce qu'est un pays, je ne revendique aucune possession en ce sens. Il se trouve juste que par un hasard biologique, génétique, je suis né quelque part (sacré Maxime !) et que j'y vis encore. Mais ce territoire arbitrairement délimité ne m'appartient pas plus qu'à quiconque qui serait né ailleurs. D'autre part, je ne me réclame d'aucune religion ni ne ressens aucune affinité pour l'une ou l'autre. Pour moi, il n'y en pas une qui soit meilleure ni pire que l'autre, et je respect de la même manière toutes les croyances.

Les graines de la haine
C'est parce que, depuis toujours, les politiciens, ceux-là même qui défileront le 11 janvier, utilisent l'idée d'appartenance, à un pays ou à une confession, que nous en sommes arrivés à des drames comme celui du 11 Septembre et de Charlie Hebdo.
C'est parce qu'il résulte de telles idées d'appartenance une notion d'intégration, de groupes, de clans, que nous en sommes là aujourd'hui. Or, non, il n'existe pas de nationalité ou de religion meilleure qu'une autre.
Cet outil de discrimination n'est pas le seul. On peut citer la discrimination par l'argent, la discrimination par le travail, la discrimination par les réseaux, la discrimination par la naissance.
Tout cela a conduit depuis des années et des années à creuser le fossé entre les privilégiés toujours plus privilégiés et les autres, les laissés pour compte, toujours plus nombreux. Voilà le berceau de l'extrémisme et du communautarisme, voilà le lit qu'ont creusé les politiciens de tous bords. Voilà ce qui aboutit à ce que nous avons vécu ces derniers jours.
Pas besoin d'une marche républicaine trop tardive et trop orchestrée pour comprendre que la solution réside dans le respect de l'autre, dans l'ouverture à l'autre et dans le partage. Cela passe par l'éducation, par l'école de la République, par le dialogue, par la pédagogie. Et ça, j'ai déjà le sentiment de le faire au quotidien. Ce sujet me tient tellement à cœur que je lui ai consacré un roman, paru dernièrement. J'aimerais l'offrir à tous les politiciens et à tous les médias, tous ceux qui défileront demain. Mais ils sont tous bien trop occupés à buzzer sur Houellebecq et Zemmour, histoire de jeter encore un peu plus d'huile sur le feu.
C'est qu'ils me feraient presque éprouver de la haine à moi aussi, ces cons-là. Ils sont forts… Et tellement illégitimes.

29 décembre 2014

Darknet et embrigadement politique

Le Darknet : moyen d'embrigadement politique et paradis des business illégaux.

Mauvais garçon est le premier roman français à prendre le Darknet pour toile (underground) de fond. Moyen d'embrigadement, paradis de tous les business illégaux possibles et imaginables, mais aussi contre-pouvoir et libre circulation de l'information, le pire y côtoie donc le meilleur.
Ça valait bien un roman… et une interview sur le Plus de L'obs.

Accédez à l'interview sur Le Plus de L'Obs.

Pour en savoir  plus sur Mauvais garçon

L'interview Le Plus de L'Obs
L'interview de La Fringale culturelle
L'interview de Salon littéraire
L'interview de Viabooks
Ce qu’en pense Kabaret Kulturel
Ce qu'en pense Wukali
Ce qu'en pense K-libre
Ce qu'en pense Stud'Orléans
Ce qu'en pense Garoupe-lectures
Ce qu'en pense Le Boudoir littéraire
Ce qu'en pense Du bruit dans les oreilles, de la poussière dans les yeux
Ce qu'en pense Le Blog de Yv…
Ce qu'en pense Boulimie livresque
Ce qu'en pense Les Tribulations d'une lectrice
Ce qu'en pense A bride abattue
Ce qu'en pense WeLov'Lit
Ce qu'en pense Street Press
L'avis des lecteurs

Pour accéder à ma série d'articles sur mon immersion dans le Darknet :
Accédez à l'épisode 1
Accédez à l'épisode 2
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20 décembre 2014

Mon immersion dans le Darknet [8] et fin

Le Darknet est la face cachée du Net et représente la partie immergée de l'iceberg.

Écrivain novice dans le domaine, je vous invite, à travers une série d'articles, à suivre mon parcours dans les profondeurs de la Toile interdite. Ou comment, pour les besoins d'un livre, j'ai accepté de courir des risques.


Les hidden wiki
Avec mon logiciel Tor, mon VPN, mon compte secondaire et mes clés PGP, je pouvais naviguer sur le Darknet et même y effectuer des achats, grâce à mon portefeuille de bitcoins.
Ce qui m'intéressait principalement, pour les besoins de mon roman, c'était de débusquer des sites d'opinion, trouver un site similaire à l'Ideo d'Archambault et de Thomas. Mais souvenez-vous, sur le Darknet, quand vous ne connaissez pas l'adresse du site que vous recherchez, vous ne trouvez pas le site en tapant des mots clés dans la fenêtre de recherche.
Voici à quoi ressemble la fenêtre de recherche sur Tor :
L'interface Tor
Si vous tapez, dans la fenêtre de recherche (le grand rectangle blanc à gauche de la loupe blanche sur fond vert) les mots "site d'opinion politique", et que vous lancez la recherche, vous obtenez ça :
Un exemple de recherche infructueuse en utilisant Tor
comme un moteur de recherche classique, type Google ou Yahoo!

Vous tombez sur des liens qui se terminent par l'extension ".com" ou ".fr", c'est-à-dire qui se trouvent sur le Net surfacique et qui ne correspondent pas à votre recherche.
Donc si, comme moi, vous ne connaissez personne susceptible de vous coopter pour entrer sur un site en vous donnant directement son adresse, vous ne le trouverez pas.

Alors comment faire ? Vous pouvez utiliser les hidden wiki. Ce sont des annuaires d'adresses de sites du Darknet, classées par thèmes et qui ressemblent à ça :
La page d'accueil de The Hidden Wiki, un annuaire des adresses du Darknet.

ou à ça :
Les hidden wiki fournissent des adrsesses du Darknet classées par thème.
Toutes se terminent par l'extension ".onion".
Vous remarquez que, cette fois, les adresses se terminent par l'extension ".onion", caractéristique des sites de Darknet.
Par ailleurs, les thèmes sont divers et variés :
Un exemple de hidden wiki avec des adresses de marketplace.
Sur la marketplace ci-dessus, vous voyez que l'on peut, par exemple, se fournir  en matériel informatique et s'allouer les services d'un hitman (tueur à gages).

Autre thème, plus proche de ce que je recherchais pour Mauvais garçon, la politique :
Un autre thème du hidden wiki, utile à Mauvais garçon : la politique.
Ces hidden wiki sont fournis sur des sites ou dans des tuto du Web surfacique. Sinon, vous y accédez directement sur Tor en tapant "hidden wiki" dans la fenêtre de recherche. Certains liens sont inactifs, on ne le découvre qu'en cliquant dessus. Et tous sont en anglais, il faut le savoir.
Pas super fun, hein, comme interface ? Ni super pratique…

Grams, le Google du Darknet
N'y a-t-il pas un truc, un moteur de recherche comparable à Google mais qui servirait sur le Darknet ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, lorsque j'écrivais Mauvais garçon, la réponse était non. Vous imaginez comme mes recherches ont été faciles et agréables ? J'y ai passé des heures carrées. Et je vous avouerais que, plus d'une fois, j'ai bien failli renoncer. Mais ce roman me tenait à cœur, et finalement je n'ai pas lâché le steak.
Et juste après avoir écrit le mot fin (en août 2014) j'ai entendu parler de Grams, ce fameux logiciel qui serait l'équivalent de Google pour le Darknet. Ça s'était joué à quelques jours.
J'ai testé Grams, effectivement, c'est plus cool. Pour commencer, ça ressemble à ça :
Grams, le moteur de recherche pour les sites du Darknet, est la copie conforme de Google,
dans son design… mais pas encore tout à fait dans ses fonctionnalités.

Là, on se dit qu'on est en terrain connu, puisque Grams recopie Google jusque dans son code couleur.
Alors, pour voir, j'ai tapé "political forum" dans la fenêtre de recherche, en espérant tomber sur des forums et des sites d'opinion semblables à Ideo. J'ai atterri là-dessus :
Tentative de recherche par mots clés sur Grams comme sur Google.
Pas vraiment de rapport entre la requête et les résultats.
Hum, peut mieux faire en matière de concordance entre la requête et les réponses proposées…
Je ne me suis pas laissé démonter pour autant. En regardant bien la page d'accueil de Grams, il ne m'a pas échappé, et à vous non plus, je le sais bien, que sous la fenêtre de recherche se trouvent deux rangées de boutons, allant de "Helix" à "InfoDesk".
Par défaut, Grams s'ouvre sur "Search", qui ne m'a pas donné satisfaction. Alors j'ai cliqué sur "Flow", qui semblait pouvoir m'aider. Bien m'en a pris, car je suis tombé sur ça :
Utiliser les boutons de Grams paraît plus efficace
que d'effectuer une recherche par mots clés, comme sur Google.

Parmi la liste des thèmes proposés, qui descend plus bas que "blockchain", j'ai cliqué sur "agoraforum". Et je me suis approché d'Ideo, le site d'opinion que j'avais créé pour les besoins de mon roman. Voici ce que j'ai obtenu :
Ideo, le site d'opinion de Mauvais garçon, existe sur le Darknet.
On le trouve avec Grams. Il ressemble à l'un de ceux-là.

Archambault et Thomas, les deux personnages principaux de mon roman, s'illustrent dans la sociologie et la philosophie politique. J'ai donc tout naturellement cliqué sur "Philosophy, Economics and Justice", pour aboutir ici :
On peut affiner sa recherche sur Grams comme sur Google.

Enfin, puisque Mauvais garçon est l'histoire d'une manipulation, j'ai cliqué sur la discussion intitulée "Is brainwashing rampant in most of the world?" ("Le lavage de cerveau se répand-il comme une épidémie dans la majeure partie du monde?") :
Le lancement d'une discussion sur le lavage de cerveau, via un site du Darknet,
trouvé grâce au moteur de recherche Grams, comparable à Google.
En poursuivant mes recherches, j'ai trouvé des discussions et des forums vraiment similaires à ceux que l'on peut trouver sur Ideo (le site du roman). J'ai également trouvé tout le reste, tout ce que Thomas découvre au fil de l'histoire : drogue, comptes offshore, faux papiers d'identité…
Je ne voudrais pas finir sans vous montrer à quoi ressemble une clé PGP, utile pour chiffrer les messages :
Une clé PGP publique pour le chiffrement des messages.

Conclusion
Pour un internaute lambda et un geek très modéré comme moi, s'outiller pour surfer sur le Darknet dans des conditions optimales n'est pas forcément évident mais absolument pas impossible non plus. Il suffit de s'y mettre et de ne pas renoncer à la première difficulté. Ce qui signifie qu'un jeune homme   tel que ce mauvais garçon de Thomas, à la plasticité cérébrale largement supérieure à la mienne, peut s'y mettre sans problème.
Ensuite, une fois qu'on est sur la Toile interdite, la navigation ne diffère en rien de celle du Net surfacique. Et un outil tel que Grams peut vous permettre d'accéder à des sites ou à des vendeurs encore plus facilement. Donc, techniquement, tout tient la route dans le parcours de Thomas.
La question que je me pose, moi auteur, est la suivante : "et si le Darknet était une sorte de Big Brother ? Un truc inventé par les autorités supérieures pour encore mieux surveiller le citoyen en lui faisant croire qu'un anonymat absolu est possible ?"
Parano, vous dis-je. Le Darknet rend parano !

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Pour en savoir  plus sur Mauvais garçon
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6 décembre 2014

Mon immersion dans le Darknet [7]

Le Darknet est la face cachée du Net et représente la partie immergée de l'iceberg.

Écrivain novice dans le domaine, je vous invite, à travers une série d'articles, à suivre mon parcours dans les profondeurs de la Toile interdite. Ou comment, pour les besoins d'un livre, j'ai accepté de courir des risques.

Les clés PGP ferment à double tour la porte de l'anonymat
Paré de mes outils d'anonymisation, Tor et un VPN, je pouvais donc me balader tranquillement dans les méandres de la Toile interdite.
Le pouvais-je vraiment ? Avais-je bien mis toutes les garanties de mon côtés pour assurer au mieux mon anonymat ? J'avais quand même lu des trucs sur des mecs qui s'étaient fait choper parce qu'ils avaient utilisé leur pseudo usuel sur des sites illégaux du Darknet et sur le réseau surfacique ! En résumé, avoir installé Tor et un VPN pour surfer dans le Net underground sous le même pseudo que celui de ma page Facebook n'aurait servi strictement à rien. Il me fallait donc créer un autre compte, un autre pseudo et pouvoir crypter les messages éventuels que je pourrais échanger avec mes interlocuteurs. En bref, j'avais besoin de me procurer mes clés de chiffrement PGP (Pretty good privacy).

Dans ce système ce chiffrement, une clé publique sert à chiffrer le message, une clé privée sert à le déchiffrer.
Pour commander son trousseau de clés, pas de souci, l'offre ne manque pas.
Dans le système exposé ici, dit asymétrique, les clés de chiffrement vont par paire. Une clé publique sert à chiffrer le message, une clé privée sert à le déchiffrer.
Par exemple, si je veux envoyer un mail chiffré à Master (il faut lire Mauvais garçon pour savoir qui est Master), j'écris le corps du message et je le crypte avec la clé publique de Master. Cette clé, comme son nom l'indique, est publique, c'est-à-dire que Master la donne à tous ceux qui souhaitent communiquer avec lui, il l'affiche sur les sites au sein desquels il est actif et peut même le déposer sur des serveurs de clés publiques auxquels chacun a accès.
Lorsqu'il reçoit mon message chiffré avec sa clé publique, Master le déchiffre avec sa clé privée, que lui seul, cette fois, possède.
S'il veut me répondre, il lui suffit de chiffrer son message avec ma clé publique et de me l'adresser par mail. Dès que je le reçois, je le déchiffre avec ma clé privée.
Avec Tor, mon VPN, mon compte et mon pseudo secondaires, puis mes clés PGP, j'étais allé au bout de mes faibles compétences pour assurer au mieux mon anonymat. Je pouvais donc commencer à explorer les ruelles mal famées du Net underground.
Mais je me suis posé une dernière question : et si j'ai besoin d'argent ? En effet, si pour une raison x ou y j'avais besoin de faire des dépenses, comment les régler ? Dollars, euros, livres sterling, etc. ?
Que nenni : bitcoin !

Le bitcoin : crypto-monnaie reine sur le Darknet
L'idée première du Darknet et de l'anonymisation est l'absence maximale de traces, quoi qu'on fasse. L'obsession est de ne laisser aucun indice qui permettrait à un petit curieux de remonter jusqu'à à soi. Or l'argent est traçable.
Solution : le bitcoin. 

Le bitcoin est la crypto-monnaie intraçable de choix sur le Darknet.
On doit sa création à Satoshi Nakamoto.
C'est la crypto-monnaie reine sur le Darknet (elle n'est pas la seule crypto-monnaie), qui s'échange de particulier à particulier, sans passer par une banque. Nous restons donc dans le chiffrement, comme avec les clés PGP. Mais il ne s'agit pas d'une monnaie illégale, certains commerçants commencent à accepter les règlements en bitcoin. On reproche cependant à cette monnaie ses fluctuations, qui peuvent être extrêmes en une seule journée. Lorsque j'ai écrit Mauvais garçon, 1 bitcoin valait 450 €. À l'heure où j'écris cet article, 1 bitcoin = 300 €.
Mais le bitcoin est déjà monté à près de 1 000 € pour s'effondrer en un battement de cils…
Il faut savoir que les bitcoins sont mis en circulation par des « mineurs ». Ce sont simplement des personnes qui ont investi dans un matériel informatique approprié et coûteux, afin d'extraire des profondeurs du Net cette crypto-monnaie et de garantir la validité des transactions. Il n'y a pas de fausse monnaie, avec les bitcoins. Chaque transaction est archivée dans des serveurs dédiés. En échange de ces serives, le mineurs perçoivent quelques centièmes de bitcoin par opération.

Comment se procurer des bitcoins et comment les stocker ?
Tout ça, c'était bien beau, mais comment pouvais-je me procurer des bitcoins et où les conserver ? Dans une banque virtuelle ? Dans un coffre fort virtuel ? Dans un bas de laine virtuel ?
Les places de marché pour acheter des bitcoins fourmillent, et elle font bien le job. Dans tout ce choix, j'ai privilégié une plate-forme en langue française qui met en relation des acheteurs et des vendeurs vivant dans un proche périmètre et permettant les transactions de la  main à la main.
Et ensuite, lorsque j'avais mes bitcoins, où les entreposer ? Là encore plusieurs possibilités. Je  pouvais passer par un serveur, avec le risque qu'il soit piraté, ou bien gérer moi-même mon porte-monnaie bitcoin (bitcoin wallet). Cela m'obligeait à télécharge un logiciel – un de plus ! – mais je préférais cette solution. Le téléchargement a duré une semaine, au bout de laquelle j'ai finalement obtenu mon porte-monnaie. J'aurais aussi pu l'installer sur mon mobile. Mais si je pesais mon mobile…

Comment créer son porte-monnaie bitcoin. Suivez les tutoriels !
J'y suis donc allé pépère et j'ai installé mon porte-monnaie sur mon ordinateur. De toute façon, vu le peu d'argent que ça représente, je risquais pas grand-chose avec les autres solutions. Je ne vais pas m'épancher ici sur la triste condition d'auteur, mais beaucoup d'entres vous savent que très peu d'entre nous roulent sur l'or !
Lorsque votre porte-monnaie est installé, il ressemble à ça :

Porte-monnaie prêt à envoyer des bitcoins à un récipiandaire. 
Sur la figure ci-dessus, l'onglet "Envoyer" est activé, ce qui signifie que le porte-monnaie est prêt à effectuer un règlement. Il suffit d'entre l'adresse du récipiendaire, dans la longue fenêtre du haut, ainsi que le montant de la transaction, dans la courte fenêtre en dessous. Vous remarquerez que la monnaie sélectionnée est le microbitcoin et non le bitcoin. Pour finaliser le paiement, on clique sur "Envoyer",  en bas à droite.
Voici une vue d'ensemble du porte-monnaie :

Une vue d'ensemble du porte-monnaie bitcoin, avec le solde et les transactions récentes.
Vous avez le solde et les transactions récentes.
Et vous pouvez aussi, comme avec n'importe quel compte, avoir le détail de vos opérations :

Le détail des opérations avec le porte-monnaie bitcoin, comme avec n'importe quel compte.
On voit ici les dates des transactions, les montants, les bénéficiaires.
Cette fois-ci, j'avais tout : Tor, un VPN, un compte et un pseudo secondaires, mes clés PGP et mon porte-monnaie bitcoin.
À moi le Darknet !
(Suite au prochain épisode…)

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