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26 janvier 2013

Thématique Lunatique : la face cachée

Il y a peu, sur ces pages commençait à s'écrire la thématique Lunatique, ode à une maison d'édition qui a de la classe pour des auteurs qui ont du style. Une maison d'édition à la ligne (éditoriale) de rêve et à nulle autre pareille.
À tout seigneur tout honneur, j'ai commencé le tour de la maison en me laissant guider par les deux propriétaires, Pascale Goze et Jean-François Dalle. Sous la torture, ils ont accepté de répondre à mes questions et m'ont envoyé leur réponses. Brèves, courtes, tendues. Alors ils ont corrigé le tir et ont développé leurs propos, les teintant souvent d'humour et de nonchalance. La cool attitude, quoi.
Ces réponses, je les ai publiées. Ce que vous n'avez pas encore vu, c'est la face cachée de la Lunatique, les premières réponses non publiées. Alors je lève le voile pour vous. Collez votre œil ici, sur le trou de la serrure, et admirez.

25 janvier 2013

Thématique Lunatique : l'école des phasmes

Dans son excursion erratique, Alexander Coï décroche la lune

Esthète et dandy parisien, Denis Loperts se retrouve un jour « éjecté par la valse de sa vie agitée ». De quelle façon et pour quelle raison, nous ne le saurons jamais vraiment. Nous le devinons, tout au plus, grâce à quelques indices laissés çà et là au fil du récit, comme autant d’objets perdus flottant au fil de l’eau. Relégué dans un coin sordide de banlieue qui tient à la fois du paysage lunaire et de la décharge publique, Loperts connaît onze longues années d’exil. Onze (inter)minables années, durant lesquelles il s’émerveille presque de ce néant qui l’entoure, peinant à croire qu’une telle non-vie puisse exister aux portes de la civilisation. Fervent admirateur de Jean Rouch, et ayant par le passé tâté du cinéma, Loperts décide un jour d’acheter une caméra et de filmer ses congénères, qu’il considère comme « des phasmes adaptés à leur biotope ». C’est de cette médiocrité que le sublime émerge, que la magie opère, que l’enchantement ravit. Car Alexander Coï écrit précisément à la manière dont filmaient Rouch et Bresson – avec lequel il a travaillé, nous proposant une ethnofiction littéraire et romanesque.  Bel exercice de style. Et de style, il ne manque pas. Grâce à son écriture qui va droit à l’essentiel, cinématographique et célinienne, dans son erratique excursion l’auteur décroche la lune. Libéré de l’apesanteur et de toute pesanteur, cet extraterrestre fait de la littérature sans avoir besoin de « faire des phrases », sans se regarder écrire. Il n’empêche que ses mots claquent comme des coups de fouet et qu’ils dissèquent l’humain jusqu’à l’os comme des scalpels. À découvrir également de toute urgence, du même auteur, chez le même éditeur, une merveille de nouvelle intitulée « Maréchal de nuit ».

Lunar Excursion, d’Alexander Coï, éditions Lunatique, 90 p., 10 €.
(Article publié dans le N° 59 de Service littéraire, janvier 2013)




24 janvier 2013

Thématique Lunatique : une maison d'édition qui a de la classe pour des auteurs qui ont du style [5]

J’ai découvert les toutes jeunes éditions Lunatique (2 ans d’existence le 15 février 2013) en juillet 2012, par hasard, en surfant sur Facebook. Gloire à toi, Ô, dieu du hasard et du Net ! La page d’accueil de leur site annonçait : « Les petites musiques qui émaneront de Lunatique ne s’accorderont jamais au son des études de marché. […] Nous nous employons à mettre en valeur ici les écrits qui ne trouvent pas leur place ailleurs. […] Lunatique est avant tout une bande, une raïa de talents divers, contraints ailleurs, cultivés chez nous. »
O.K., encore des qui se la pètent, ai-je aussitôt pensé. Encore des qui se la racontent « éditeurs indé underground pour auteurs bobos parigo-branchouilles ». Alors je suis allé voir, j’ai voulu me rendre compte de la énième supercherie en la matière. Je suis allé voir, ouais. Et n’en suis pas revenu. Amoureux foudroyé, que je suis tombé. Raide love comme une midinette devant un mec « trop beau ». Depuis, je ne les lâche plus, je leur colle aux basques, à ceux de chez Lunatique, à guetter comme un vrai lourdingue leurs nouvelles parutions.
Je leur ai fait croire que le seul moyen de se débarrasser de moi était de m’accorder cet entretien en 6 questions. Ils ont accepté. Ce qu’ils ignorent, c’est que ça ne fait en vérité que préfigurer une longue, très longue série d’interviews. D’eux, les éditeurs, mais aussi des autres, leurs auteurs. Et ce n’est pas tout, je parlerai de leurs livres aussi. Au fond, c’est ce qui restera après nous, les écrits, non ?
Ainsi s'achève le tour de la maison – 5e étage – par les deux propriétaires, Pascale Goze et Jean-François Dalle, avec leurs projets d'agrandissement.


Quels sont vos projets ?


© éditions Lunatiques
Jean-François Dalle. Dès que nos finances le permettront, autour de 3078, j’aimerais éditer quelques monographies : photographes, peintres. Travailler aussi en série limitée des livres-objets à méditer avec les auteurs. Toujours avec cette exigence esthétique. Oeuvrer pour des « bidules culturels » inédits, inoubliables. Et pourquoi pas de l’autonomie totale.
Une presse d’occase, un bon vieux massicot et un costume de Gutenberg !

Pascale Goze. Oh ! la la ! Ils sont nombreux et variés. En plus de poursuivre notre quête d’émotions fortes avec de belles rencontres littéraires – avant d’embarquer dans l’aventure éditoriale, je ne lisais plus de romans depuis longtemps, lassée de n’y rien trouver d’exaltant –, nous songeons à publier certains de nos ouvrages au format Epub et à lancer une nouvelle collection d’art (argh ! j’ai dit tout à l’heure que je n’en soufflerais mot !), en commençant par une artiste de mes amies, talentueuse photographe. Un gros, gros projet, puisque la conception sera différente de ce que nous avons entrepris jusqu’alors.
Il y a longtemps que c’est en préparation, mais nous envisageons de nous acoquiner une Webradio pour une émission littéraire en direct.
Parmi les autres idées, il y a des lectures publiques, aussi. Un beau projet que celui-là, qui me tient particulièrement à cœur, je dois dire. Ce que j’aime surtout dans cette expérience, c’est le dialogue entre le lecteur/auditeur et le comédien et/ou l’auteur, la confrontation de ces points de vue sur un même texte.
© éditions Lunatique
Et puis participer à d’autres salons, prendre la parole lors de colloques (dans le cadre, par exemple, de Lecture en Tête). Nous avons répondu oui, il va falloir assumer, maintenant !
N’étant jamais à court d’idées, je me renseigne également pour monter une association (Lunatique ou pas) afin d’organiser des manifestations littéraires dans notre région. Un autre projet qui me tient à cœur, les rencontres entre auteurs.
Le format magazine nous fait de l’œil aussi. Un autre projet de longue haleine.
Même pas peur !

Pour la visite complète de la maison, c'est par ici.
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Suite de la visite avec le site des éditions Lunatique
et leur blog

23 janvier 2013

Thématique Lunatique : une maison d'édition qui a de la classe pour des éditeurs qui ont du style [4]



J’ai découvert les toutes jeunes éditions Lunatique (2 ans d’existence le 15 février 2013) en juillet 2012, par hasard, en surfant sur Facebook. Gloire à toi, Ô, dieu du hasard et du Net ! La page d’accueil de leur site annonçait : « Les petites musiques qui émaneront de Lunatique ne s’accorderont jamais au son des études de marché. […] Nous nous employons à mettre en valeur ici les écrits qui ne trouvent pas leur place ailleurs. […] Lunatique est avant tout une bande, une raïa de talents divers, contraints ailleurs, cultivés chez nous. »
O.K., encore des qui se la pètent, ai-je aussitôt pensé. Encore des qui se la racontent « éditeurs indé underground pour auteurs bobos parigo-branchouilles ». Alors je suis allé voir, j’ai voulu me rendre compte de la énième supercherie en la matière. Je suis allé voir, ouais. Et n’en suis pas revenu. Amoureux foudroyé, que je suis tombé. Raide love comme une midinette devant un mec « trop beau ». Depuis, je ne les lâche plus, je leur colle aux basques, à ceux de chez Lunatique, à guetter comme un vrai lourdingue leurs nouvelles parutions.
Je leur ai fait croire que le seul moyen de se débarrasser de moi était de m’accorder cet entretien en 6 questions. Ils ont accepté. Ce qu’ils ignorent, c’est que ça ne fait en vérité que préfigurer une longue, très longue série d’interviews. D’eux, les éditeurs, mais aussi des autres, leurs auteurs. Et ce n’est pas tout, je parlerai de leurs livres aussi. Au fond, c’est ce qui restera après nous, les écrits, non ?
Ainsi s’ouvre la thématique Lunatique, avec le tour de la maison – 4e étage – par les deux propriétaires, Pascale Goze et Jean-François Dalle.


Présentez-nous vos collections.

© éditions Lunatique
Pascale Goze. De collection avec un nom, il n’y en a qu’une, « 36e Deux Sous », pour des textes courts (moins de 36 pages), et donc vendus pas cher (deux sous). Il y a une redécouverte en France du genre spécifique de la nouvelle. Beaucoup considèrent encore la nouvelle comme un exercice de style ou un tremplin avant le grand saut que représente un roman affichant un nombre de pages important. Ça pose son auteur, un roman. La nouvelle, ça fait petit joueur. J’aimais bien l’idée de livres comblant le temps d’un trajet en métro.
Aujourd’hui, cette collection s’étend aux recueils, Jean-François n’étant pas pleinement satisfait du résultat des tout petits livres – papier moins épais que pour les romans et couvertures trop souples, piqûre à cheval ; bref, les nouvelles simples font de moins beaux livres que les romans.
Nous envisageons une nouvelle collection, mais peut-être est-il trop tôt pour en parler.

Jean-François Dalle. Déjà pas mal, me semble-t-il. Peuvent s’améliorer. Quelques bonnes plumes déjà. Lunatique les attend toutes. On fait déjà la queue. Bientôt on s’égorgera pour une place chez nous. Ce sera L’Aïd chaque jour.



Vos livres papier sont très beaux (format original, couvertures magnifiques, papier luxe), mais quid de vos livres numériques ? Quel est votre avis sur le livre numérique, en général ?


© éditions Lunatique
JFD. J’ai bien peur de n’en avoir aucun. Nos livres – après tout, nous avons voulu publier des ouvrages papier – sont conçus pour donner aux lecteurs ce fameux bonus papier… Nous sommes des équivalents « retour à la terre », des « bio ». Chaque livre est magnifié autant que possible. Avec le numérique... J’ai un Mac mais pas de liseuse. J’ai horreur de lire quoi que ce soit à l’écran. Pourtant, pour des raisons d’accessibilités – moindre coût pour le lecteur – nous pensons faire numériser certains de nos textes. Affaire à suivre donc. Moi j’adore casser le dos de mon livre au fur et à mesure de ma lecture. Avec une liseuse, tintin !

PG. Nous sommes en relation avec un diffuseur et distributeur de livres numériques. Et toc ! Le projet devrait aboutir au printemps 2013, avec quelques premiers titres.


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22 janvier 2013

Thématique Lunatique : une maison d'édition qui a de la classe pour des auteurs qui ont du style [3]


J’ai découvert les toutes jeunes éditions Lunatique (2 ans d’existence le 15 février 2013) en juillet 2012, par hasard, en surfant sur Facebook. Gloire à toi, Ô, dieu du hasard et du Net ! La page d’accueil de leur site annonçait : « Les petites musiques qui émaneront de Lunatique ne s’accorderont jamais au son des études de marché. […] Nous nous employons à mettre en valeur ici les écrits qui ne trouvent pas leur place ailleurs. […] Lunatique est avant tout une bande, une raïa de talents divers, contraints ailleurs, cultivés chez nous. »
O.K., encore des qui se la pètent, ai-je aussitôt pensé. Encore des qui se la racontent « éditeurs indé underground pour auteurs bobos parigo-branchouilles ». Alors je suis allé voir, j’ai voulu me rendre compte de la énième supercherie en la matière. Je suis allé voir, ouais. Et n’en suis pas revenu. Amoureux foudroyé, que je suis tombé. Raide love comme une midinette devant un mec « trop beau ». Depuis, je ne les lâche plus, je leur colle aux basques, à ceux de chez Lunatique, à guetter comme un vrai lourdingue leurs nouvelles parutions.
Je leur ai fait croire que le seul moyen de se débarrasser de moi était de m’accorder cet entretien en 6 questions. Ils ont accepté. Ce qu’ils ignorent, c’est que ça ne fait en vérité que préfigurer une longue, très longue série d’interviews. D’eux, les éditeurs, mais aussi des autres, leurs auteurs. Et ce n’est pas tout, je parlerai de leurs livres aussi. Au fond, c’est ce qui restera après nous, les écrits, non ?
Ainsi se poursuit la thématique Lunatique, avec le tour de la maison – 3e étage – par les deux propriétaires, Pascale Goze et Jean-François Dalle.


Peut-on parler, donc, d’auteurs Lunatique ? Et si oui, que diriez-vous d’eux ? Existe-t-il une famille, un clan, un esprit, une mouvance ?


© éditions Lunatique
Pascale Goze. Oui et non. Voilà qui ne va pas me faciliter la tâche pour répondre. Comme nous n’avons pas de ligne éditoriale proprement dessinée, il n’y a pour l’heure pas deux ouvrages au catalogue qui se ressemblent. C’est encore plus vrai pour les premiers titres retenus. Il nous était inenvisageable de voir deux auteurs se lier, ou ne serait-ce que s’intéresser l’un à l’autre. Et puis, au fil des publications, l’identité Lunatique commence à émerger. Nous découvrons parfois des affinités ou des amitiés entre auteurs, que nous ignorions au moment de signer les contrats. Comme quoi, il n’y a pas de hasard. Nous recevons plus de textes et nous sommes plus libres de nos choix. Il y a un an et demi, il fallait bien commencer par quelque chose. Mas nous serions bien injustes de laisser entendre le moindre dépit ; nous étions déjà très sélectifs.
Et puis, au fil du temps, je vois les uns et les autres s’enthousiasmer pour le succès (relatif) des ouvrages Lunatique sans, manifestement, de concurrence jalouse. C’est bête, mais ça me fait plaisir. Parce que nous envisageons vraiment Lunatique comme « un rassemblement de talents divers » (avec guillemets, parce que l’expression est de Jean-François). D’ailleurs, sur notre blog, je présente régulièrement les activités annexes de nos auteurs. Je ne m’intéresse pas uniquement à leurs ouvrages, à l’exploitation de ces ouvrages. Je garde un œil curieux et attentif à tout ce qu’ils font par ailleurs (musique, poésie, théâtre, chroniques), et j’en parle, je partage. Je ne reste pas concentrée sur Lunatique.
Nous recevons parfois des témoignages émouvants d’auteurs qui nous remercient pour le travail accompli pour leur livre et ceux des autres – tous les autres. Ils nous font part également de leur plaisir et de leur fierté d’être chez nous. Chouette, non ?
J’essaie autant que possible de faire en sorte que nos auteurs se rencontrent. Ils sont d’ailleurs souvent demandeurs. Un bon esprit règne chez Lunatique.

© éditions Lunatique
Jean-François Dalle. J’ai toujours espéré que les éditions deviennent un lieu de rendez-vous avec le temps. Un peu sur le modèle des certains petits labels musicaux. Je pense à certains labels de ska en Jamaïque, dans les années 1960. Lunatique n’a pas d’autre ambition que de devenir un creuset. Pas une chapelle, pas un réticule mondain, pas une niche soyeuse. Non, un creuset où l’effervescence et la lave seraient les bienvenues. Dandies, punchy, cyniques, révoltés, incendiaires, humains ou inhumains, qu’importe, pourvu qu’il y ait le talent, le style.
On décrète difficilement une mouvance. Bien sûr, il y a eu André Breton, Jean-Luc Godard, Malcolm McLaren pour le mouvement punk, Combas pour la figuration libre, etc. Certes. Mais Lunatique n’est qu’une maison d’édition, et ses ambitions ne doivent pas aller jusque-là. Si elle réussissait déjà à devenir ce qu’elle aspire à être, à savoir une maison indépendante, stable économiquement et attrayante pour les écrivains dont je viens de citer les qualités attendues, nous serions, Pascale Goze et moi-même, éperdument éberlués.
Nous sommes durs. Nous le serons de plus en plus. Ce sera notre politesse à nous. Je pense qu’à terme elle paiera. Les auteurs seront fiers, je l’espère, « d’appartenir » à Lunatique. N’y voyez pas là un quelconque esprit pyramidal. Ils y seront entre eux et avec nous. Nous les défendrons avec notre petit talent mais avec nos grands crocs. Encore une fois, éditeurs sans cesse, « éditueur » s’il le fallait.

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